Palace Hôtel de Buçaco

Palais de Bussaco, hôtel royal du Bois de Buçaco

Par José da Silva, le 6 février 2018

De nos jours, la tranquillité est devenue un luxe. Un luxe qui a commencé à être recherché au XIXème siècle par les puissants d’alors, en pleine période romantique. Au Portugal, la famille royale pensait pouvoir trouver son havre de paix personnel à Buçaco, une forêt autrefois occupé par les Frères Carmes Déchaux.

La « Mata do Buçaco » est un bois enchanté, le Romantisme à l’état pur. L’endroit était idéal. Depuis la fin des ordres religieux en 1834, le monastère qui s’y trouvait était à l’abandon. Il sera repris pour la famille royale, et démolit partiellement pour y construire ce qui devait être un pavillon de chasse, un véritable château de contes de fées…

Le Palais de Buçaco dans la brume...
Le Palais de Buçaco dans la brume…
Colonnes du palais de Buçaco
Il n’y a pas deux colonnes identiques sur la façade.
clocher de l'église de Buçaco
On distingue encore le clocher de l’église du couvent, un des rares édifices à avoir été conservé du couvent originel.

Dans la brume de Luso

A quelques kilomètres de la ville de Mealhada se trouve Buçaco, un petit lieu-dit de la commune de Luso. En pleine Serra do Buçaco, la région bénéficie d’un microclimat particulier, constamment humide. Cette brume omniprésente est la clé de l’atmosphère si romantique de Luso.

Il ne s’agit pas là d’une humidité néfaste. Les eaux de Luso, connues dans tout le pays, sont réputées pour ses propriétés médicinales, qui ont fait le succès de ses thermes au XIXème siècle, bien avant la construction du palais. Si on allie à la pureté de l’eau la gastronomie locale, tout aussi réputée, on imagine facilement que le roi serait bien inspiré d’y vivre.

Le jardin à la française fait face au palais.
Le jardin à la française fait face au palais.
Une fontaine, au centre d'une Croix de l'ordre du Christ.
Une fontaine, au centre d’une Croix de l’ordre du Christ.
jardins de Buçaco
Dans les jardins de Buçaco…

De par son histoire, Buçaco possède une aura romantique à part, chargée de symboles. Le lieu est idéal pour un séjour en amoureux, idéal pour quelqu’un en quête d’inspiration et parfait pour se reposer de notre frénésie moderne. Le dernier roi du Portugal, Manuel II, y séjourna ainsi « en cachette » avec l’actrice marseillaise Gaby Deslys, star mondiale du music-hall. Hélas, le peuple ne voulait pas de cette union entre un roi et une roturière, actrice de surcroît, et Gaby dû quitter son roi…

Palace Hôtel de Buçaco
Palace Hôtel de Buçaco
En arrivant au palais, avec la porte au fond, nous sommes accueillis par les azulejos, représentant les Lusiadas ou l'épopée portugaise écrite par Camões.
En arrivant au palais, avec la porte au fond, nous sommes accueillis par les azulejos, représentant les Lusiadas ou l’épopée portugaise écrite par Camões.

En arrivant de nuit à Buçaco, après avoir traversé la « porte de la Reine » et ainsi pénétré dans le bois, le Palace Hôtel se laisse découvrir après une route sinueuse, où les faisceaux lumineux de notre voiture se heurtent à un épais brouillard. Entrevoir les lumières du palais entre les brumes nocturnes de Buçaco par une froide nuit d’hiver au bout de la route est une expérience sortie d’un roman, où les personnages sont rassurés d’avoir trouvés un lieu les accueillant en toute sécurité au milieu d’une Nature inconnue…

palais dans le brouillard
Dans le brouillard nocturne, les lumières du palais rassurent…

Le néo-manuélin, ou le Romantisme à la portugaise

Architecturalement, le romantisme a été l’expression des nationalismes naissants un peu partout en Europe. Les nouvelles constructions devaient nous rappeler les gloires passées du pays, et ainsi créer un sentiment de fierté nationale.

Le village de Buçaco est un haut lieu du patriotisme portugais, où chaque année est célébrée la victoire en 1810 des troupes anglo-portugaises. En effet, elles battirent sèchement cette année-là les troupes d’André Masséna, envoyées par Napoléon. Autant dire que Buçaco avait tout pour plaire à la « fierté nationale », à la recherche d’un palais pour son roi, mais surtout pour la gloire du pays.

Au Portugal, qui dit gloire passée dit « saudade », ce sentiment proche de la nostalgie, peut-être né pendant les Grandes Découvertes, du temps du roi Dom Manuel Ier. La saudade se marie bien avec le Romantisme, cette volonté de revenir à une période que l’on sait perdue à jamais.

L’architecture néo-manuéline, héritière du style manuélin en vigueur pendant le glorieux XVIème siècle portugais, était sans doute une façon de revivre cet âge d’or. L’apogée du mouvement romantique portugais se confond avec la construction du Palais de Pena à Sintra, par la volonté du roi consort du Portugal, Ferdinand II de Saxe-Cobourg et Gotha Kohary. Quelques années plus tard, la reine consort D. Maria Pia caressait le rêve de posséder elle aussi son château romantique, qui ferait écho à celui de son beau-père Ferdinand II…

Au loin, la brume enchante la forêt mystérieuse qui entoure de toutes parts l'ancienne résidence royale...
Au loin, la brume enchante la forêt mystérieuse qui entoure de toutes parts l’ancienne résidence royale…
Arcades néo-manuélines à l'entrée du palais.
Arcades néo-manuélines à l’entrée du palais.
Des cordages de pierres qui s'entrelacent, des portails richement décorés, pas de doute, l'architecture est d'inspiration manuéline.
Des cordages de pierres qui s’entrelacent, des portails richement décorés, pas de doute, l’architecture est d’inspiration manuéline.

Un architecte italien pour un palais portugais

Les nationalistes ont toujours eu certaines incohérences, qui ne manqueront pas d’échapper aux personnes attentives. On pouvait croire légitimement qu’un nationaliste voulant créer un palais qui montre le génie portugais allait faire appel à un architecte national. Pour le palais de Buçaco, ce n’est pas le cas, comme pour bon nombre d’autres grands monuments du pays.

Il faut dire que même autrefois, on faisait facilement appel aux meilleurs architectes, indépendamment de leur nationalité. Dans les faits, les souverains européens étaient membres d’une seule et unique famille : tous étaient cousins, une réalité encore plus marquée au XIXème siècle, ce qui devait ouvrir bien des esprits au moment de s’entourer des meilleurs artistes.

C’est ainsi que Emidio Navarro, le ministre des « travaux publics », pour construire l’ultime demeure de la famille royale, fit appel à un italien : Luigi Manini. Cet architecte était venu au Portugal quelques années auparavant à la demande de sa compatriote la reine consort D. Maria Pia, afin de décorer le théâtre São Carlos à Lisbonne.

La mode était alors aux châteaux romantiques, même si le romantisme et tous les mouvements architecturaux revivalistes du passé commençaient sérieusement à s’essouffler.

Quoiqu’il en soit, Manini rempli à la perfection sa mission, en créant pour la famille royale un palais remémorant les plus beaux ouvrages du génie portugais. Tant et si bien qu’il sera à nouveau choisi pour construire un autre haut lieu du romantisme portugais : la Quinta da Regaleira à Sintra.

Le roi Dom Carlos I. C'est sous son règne que le palais sera construit. A droite, le blason de Buçaco.
Le roi Dom Carlos I. C’est sous son règne que le palais sera construit. A droite, le blason de Buçaco.
Tour du palais et fenêtre
A gauche, surmontant la tour, une sphère armillaire, un des symboles du Portugal.

L’Histoire du Portugal dans un hôtel 5 étoiles

Les choix architecturaux du Palais de Bussaco (ancienne orthographe de « Buçaco ») contrastent avec l’austère monastère des Frères Carmes. Tout est exubérance, tout fourmille de détails, issus des plus beaux monuments portugais.

Architecturalement, on reconnaîtra des éléments venus de la Tour de Belém, du Couvent du Christ de Tomar ou encore du Monastère des Hiéronymites. Bref, la crème de la crème, décorée par les meilleurs artistes portugais de leur temps. On reconnaîtra notamment les extraordinaires azulejos de Jorge Colaço, que l’on retrouve dans d’autres lieux majeurs de l’architecture portugaise : la gare de São Bento ou l’église de Santo Ildefonso à Porto, le Palais de Bemposta ou encore pavillon Carlos Lopes à Lisbonne.

azulejos représentant la bataille de buçaco
La bataille de Buçaco, facilement identifiable à son moulin.

Le ton est ainsi donné dès l’arrivée au Palais, avec des panneaux d’azulejos évoquant l’épopée maritime portugaise si bien racontée par le poète Luiz Vaz de Camões, nous préparant aux merveilles se trouvant à l’intérieur…

Le palais regorge ainsi de trésors, qui retracent les grands moments de l’Histoire portugaise, de la fondation du pays aux grandes Découvertes, en passant par les grandes victoires militaires. De nombreux artistes ont contribué à faire de Buçaco ce qu’il est aujourd’hui, le plus symbolique des hôtels portugais. On y retrouve par exemple des fresques des peintres Ramalho Junior ou Carlos Reis ou des statues de Antonio Gonçalves et Costa Mosta…

Tout le palais est décoré de azulejos, peints par les plus grands maîtres portugais du début du XXe siècle.
Tout le palais est décoré de azulejos, peints par les plus grands maîtres portugais du début du XXe siècle.
Le néo-manuélin dans toute sa magnificence. Le manuélin est un gothique tardif, inspiré par des motifs marins.
Le néo-manuélin dans toute sa magnificence. Le manuélin est un gothique tardif, inspiré par des motifs marins.
Les escaliers du palais, avec les azulejos représentant les grandes batailles du passé.
Les escaliers du palais, avec les azulejos représentant les grandes batailles du passé.
Vitrail du palais de Buçaco
La cage d’escalier du palais, avec son gigantesque vitrail.
Les escaliers principaux du palais, avec sur la gauche un grand panneau de azulejos.
Sur la gauche un grand panneau de azulejos..
décoration du palais de buçaco
Toute la décoration évoque la gloire passé du Portugal.
salle de réception
L’art de recevoir. Le mobilier vaut le coup d’oeil.

Ce cadre privilégié a pourtant quelques bémols. Le palais accuse désormais le poids des années, faute d’une modernisation conséquente. Les 5 étoiles sont là pour l’Histoire du lieu, et non pas pour la qualité ou la variété des prestations, malheureusement. L’hôtel, et son restaurant, reste un endroit sublime où séjourner, mais un rafraichissement serait sans doute très bienvenu, surtout si le palais monte en grade, passant de simple « monument national » à « patrimoine de l’Humanité », titre décerné par l’UNESCO…

salle des banquets
La grande salle des banquets, qui sert de restaurant. C’est ici que l’on peut goûter de la très bonne cuisine portugaise, c’est ici que l’on prend les petits déjeuners.
Le restaurant Mesa Real, Table Royale en français, dans la grande salle des banquets.
Le restaurant Mesa Real, Table Royale en français, dans la grande salle des banquets.
plafond arabe du restaurant
Le plafond du restaurant est d’inspiration arabe. Tout est ornementé et travaillé, avec bon goût et élégance.
table du restaurant
Une table, qui nous invite à nous asseoir… et peut-être remarquer le parquet, l’atmosphère chaleureuse qui règne en cet endroit, par contraste avec le brouillard et la pluie si fréquents à Buçaco…
Au petit déjeuner
La terrasse du restaurant, que l'on aperçoit derrière les portes vitrées.
La terrasse du restaurant, que l’on aperçoit derrière les portes vitrées.
Les symboles du Portugal se retrouvent un peu partout dans la décoration...
Les symboles du Portugal se retrouvent un peu partout dans la décoration…
C'est dans les détails qu'un monument de la sorte fait la différence. A droite, la terrasse du restaurant.
C’est dans les détails qu’un monument de la sorte fait la différence. A droite, la terrasse du restaurant.
La terrasse du restaurant, vue de l'intérieur et de l'extérieur.
La terrasse du restaurant, vue de l’intérieur et de l’extérieur.

Un palais royal devenu hôtel

La famille royale n’aura finalement jamais vécu à Buçaco. Il faut dire que le règne de Carlos I, fils de Maria Pia, fut des plus troubles du Portugal. De son couronnement en 1889 à sa mort, il dû composer avec plusieurs crises internes qui finiront par son assassinat en 1908 et à l’avènement de la république deux ans plus tard…

Il n’empêche : c’est sous le règne du malheureux Carlos que le palais sera construit pendant de nombreuses années, le gros œuvre étant terminé en 1899. Ce n’est qu’en 1904, que le roi pût y séjourner quelques semaines. Il n’aura pu goûter aux plaisirs de la fabuleuse « Casa dos Brasões », dont la construction ne débuta que l’année suivante par le successeur de Marini, l’architecte Manuel Joaquim Norte Júnior. La décoration ne sera vraiment terminée qu’en 1922, dans une république où la royauté n’est plus qu’un lointain souvenir…

casa dos brasões
Casa dos Brasões. Son nom lui vient des blasons que l’on voit entourer le grand vitrail central.
Fenêtres surplombées de blasons de pierre décoratifs
A chaque fenêtre, ses blasons.

Le palais, au départ à destinée royale, avait de fait finalement été conçu comme étant un « palais du peuple », ou, en d’autres termes, un hôtel. Avec les troubles républicains de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, il était malvenu en effet que la famille royale se construise un palais personnel, et d’étaler ainsi à la vue de tous un luxe inapproprié en période de crise.

hôtel du peuple
L’hôtel du peuple. C’est ici que nous avons dormi, à un prix franchement raisonnable. Loin de Lisbonne ou de Porto, les tarifs ne sont plus les mêmes !
Couloirs de l'hôtel
Dans les couloirs de l’hôtel. Les fauteuils ne sont pas ici habituellement, mais il a fallu faire de la place pour un mariage dans le Salão Nobre, Salon Noble.
chambre d'hôtel de Buçaco
Notre chambre d’hôtel. C’est suffisant, mais assez loin du standing d’un 5 étoiles. Ce n’est pas pour la chambre que l’on vient à Buçaco, mais pour son palais, pour sa forêt enchantée…
Vue de notre chambre d'hôtel.
Vue de notre chambre d’hôtel.
azulejos à restaurer
Le palais est superbe, mais a besoin d’une attention permanente. Regardez sur la droite, derrière la plante, qui fait office de cache-misère…
salon noble de buçaco
Salão Nobre : on pourrait y rester des heures à se reposer devant une infusion. D’ailleurs, c’est ce que nous avons fait.
Derrière cette arcade du Salon Noble se trouve le bar.
Derrière cette arcade du Salon Noble se trouve le bar.
Les choix décoratifs rappellent le Moyen Âge, avec ses ménestrels et troubadours...
Les choix décoratifs rappellent le Moyen Âge, avec ses ménestrels et troubadours…
décorations du Salon Noble
Décoration de la cheminée du Salon Noble, avec ce troubadour jouant de la mandoline…

Sources


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