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Jour national du Cigano, gitan portugais

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Le 24 juin est au Portugal le jour national des Gitans. Mal-aimés depuis toujours, il existe une incompréhension entre les gitans et le reste de la population qui n’est pas prête de se réduire.

Au Portugal, les Ciganos, que l’on pourrait définir comme étant des “gitans portugais”, sont détestés. Parfois il s’agit d’une animosité cachée, parfois il s’agit d’un racisme pur et simple affiché. Et ça ne date pas d’hier.

Les gitans, au Portugal depuis au moins le XVème siècle

Lointains descendants d’un peuple expulsé de sa patrie originelle en Inde, les gitans ont fini par se scinder en plusieurs groupes. Suivant leur lieu de fixation, ils sont devenus gitans, roms, manouches, bohémiens etc. sans que l’on distingue précisément les différences. Du moins, pour un non-Gitan.

Une chose est sûre : les gitans portugais ne sont pas un peuple nomade, contrairement aux croyances générales en France. Les portugais le savent bien, leurs campements sont là pour durer, même s’ils sont faits de bric et de broc. Et c’est peut-être là une partie du problème, mais aussi de la solution.

On estime aujourd’hui que 100 000 ciganos vivent au Portugal, et son portugais. Il ne faut pas les confondre avec les Roms venus d’ailleurs, en nombre relativement faible en comparaison. Les gitans portugais ne font pas la manche dans les rues.

Le problème “cigano”

Les gitans ne se sont jamais totalement intégrés au reste de la population portugaise. Même après plusieurs siècles de cohabitation. Ils ont toujours vécu en marge de la société. Pour survivre, ils font le peu de choses auxquelles ils étaient autorisés : le commerce et le spectacle.

C’est pour cela que l’on voit dans tous les marchés des gitans qui vendent des habits, des objets du quotidien. Redoutables commerçants, ils vendent à des prix défiant toute concurrence.

Cette vie à la marge provoque la méfiance envers eux. On les accuse de vols, de vente de drogue ou de crimes en tous genres. Parfois c’est vrai, comme pour toute population pauvre et en marge de la société, souvent c’est faux.

Les portugais “traditionnels” en ont peur, en tout cas.

Intégration impossible?

Souvent, il faut le dire, l’inadaptation des gitans est flagrante. N’ayant pas les codes du “vivre ensemble”, ils se referment sur leur communauté. Dès qu’on essaie de les sortir de cet isolement, les sociologues et les policiers savent qu’il y aura des problèmes. En grande partie à cause de cette méfiance mutuelle.

De nombreuses tentatives d’inclusion des gitans au Portugal ont déjà eu lieu par le passé, et ont toujours lieu. Parfois ça se passe bien, avec des exemples de réussite, de gitans qui ont réussi à s’intégrer, à travailler en CDI et à faire des études.

D’autres fois, les parents d’élèves manifestent contre l’inclusion dans la classe de leurs enfants des enfants de gitans. Comment leur donner tort, lorsque dans les médias, on relaie les problèmes que ceux-ci, ou leurs enfants, peuvent causer au bon fonctionnement de l’école?

Ricardo Quaresma

C’est le plus célèbre des gitans portugais. Pas trop mauvais au foot étant enfant, il a gravi tous les échelons jusqu’à devenir un des meilleurs joueurs de la Seleção ! Fier de ses origines, ce n’est toutefois pas quelque chose que les médias vont mettre en avant.

Ricardo Quaresma
Ricardo Quaresma

C’est pourtant par le sport qu’une possibilité est offerte aux deux communautés d’apprendre à se connaître, et à passer outre les préjugés. Ceci implique un effort que les particuliers ne feront pas, sans un petit coup de pouce de l’Etat et de la communication sociale.

Le Portugal doit demander pardon aux Gitans

Malheureusement, tout est encore trop extrême au Portugal. L’anthropologue José Pereira Bastos estime par exemple que le Portugal doit demander pardon aux Gitans. C’est peut-être vrai, mais cette affirmation n’aura qu’une seule tendance : renforcer les extrémistes.

On raconte des histoires sur les Ciganos qui ne les aident pas. Ceux-ci profiteraient de tous les avantages sociaux portugais. Ils auraient de très bons logements sociaux qu’ils dégraderaient impunément, ne sachant pas y vivre. De plus, de fabuleuses voitures de luxe seraient stationnées devant leurs HLMs fournis gracieusement par la collectivité.

Est-ce vrai ? De ce que j’en sais, moi, c’est ce que j’ai vu : non, il n’y a pas de Porsche garée en bas de leurs HLMs. Oui, il peut y avoir un problème avec l’hygiène, mais ici nous parlons d’un problème d’éducation et de sensibilisation. N’oublions pas qu’ils vivent en vase clos.

Pourquoi demander pardon à des gens qui ne veulent pas travailler et s’intégrer ?

C’est sans doute la phrase que l’on peut entendre le plus dès que l’on parle de Gitans. En gros, s’ils sont mal-aimés, c’est avant tout de leur faute. Les Gitans, eux, disent qu’on ne leur donne pas leur chance. C’est le serpent qui se mord la queue, en somme.

Mais il faut dire que cet anthropologue est un fin connaisseur de la problématique gitane. Il avait fait une étude en 1997, où il démontrait qu’aucune autre communauté au Portugal n’était autant victime de racisme.

Il est vrai que malgré tout, cela se passe bien avec les Noirs, avec les étrangers en général, même s’il existe des tensions. Et c’est peut-être pour ça que les Gitans sont encore plus mal-aimes : si ça se passe bien avec les Noirs, c’est que le problème ne vient pas des portugais, mais bien des Gitans eux-mêmes !

Les Ciganos sont catholiques

La religion a toujours été un puissant facteur d’intégration. Et c’est peut-être ce qui a sauvé les Gitans au Portugal, contrairement aux Juifs ou aux musulmans qui ont été impitoyablement poursuivis jusqu’à leur disparition totale. L’Etat portugais ne pouvait pas argumenter de raisons religieuses pour poursuivre les Gitans, qui sont donc ainsi passés au travers des persécutions religieuses.

Le choix du 24 juin comme jour national des Ciganos n’est pas anodin. Il s’agit de la Saint Jean Baptiste, un saint très fêté par les gitans portugais.


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