Seleção Nacional

Les franco-portugais du foot

Par José da Silva, le 21 juin 2018

La plupart des franco-portugais choisissent de jouer pour le Portugal. Soit parce qu’ils ont été approchés par un recruteur franco-portugais travaillant pour le compte de la Seleção, soit surtout parce qu’ils ont des liens affectifs très forts avec leur pays d’origine.

On les comprend. Quelle fierté de jouer avec le meilleur joueur du monde !

Selon Olivier Feliz, un « rabatteur » de la « seleção », il est ainsi devenu beaucoup plus facile de convaincre ces jeunes franco-portugais de jouer pour le Portugal depuis que le pays possède des stars comme Luís Figo, Rui Costa et surtout Cristiano Ronaldo. Autrefois, ce n’était pas le cas, et c’est ainsi que Robert Pirès, dont le père est portugais, évolua avec l’équipe de France.

Seleção Nacional
La Seleção Nacional, avec Raphaël Guerreiro, numéro 5 en plein milieu

Pour d’autres, le choix du Portugal était en revanche une évidence. Regardons d’un peu plus près qui sont les joueurs à la double nationalité évoluant dans le mondial 2018 en Russie, qui auraient pu jouer en équipe de France aussi bien que dans la « Seleção Nacional » …

Manuel da Costa

Manuel da Costa, défenseur
Manuel da Costa, défenseur

Né en 1986 en France, Manuel Marouane da Costa Trindade Senoussi possède trois nationalités : française par sa naissance, portugaise par son père, et marocaine par sa mère. Il aurait tout aussi bien pu joueur pour l’une des trois équipes nationales, mais a finalement choisi le Maroc. Da Costa est un bon joueur, mais peut-être qu’il a estimé qu’il avait plus de chances de réussir avec les Lions de l’Atlas qu’avec les portugais ou les français…

Il faut dire qu’il avait déjà joué avec le Portugal, mais dans l’équipe des -21. Il est également passé par le championnat portugais,

Pour la petite histoire, il parle portugais, avec un mélange de mots espagnols et un bel accent français. Comme presque tous les enfants de portugais, il passait ses vacances d’été au Portugal, à Cucujães, près de Oliveira de Azeméis, dans le nord du Portugal.

Après un parcours professionnel qui l’a fait jouer dans un club portugais de Madère en 2012, le CD Nacional, il est aujourd’hui défenseur au Istanbul BB.

On peut le voir parler en portugais lors d’une conférence de presse alors qu’il était encore joueur à Madère.

Adrien Silva

Adrien Silva, milieu de terrain
Adrien Silva, milieu de terrain

Des trois joueurs portugais nés en France appelés par Fernando Santos au mondial 2018 en Russie, Adrien Sébastien Perruchet da Silva est peut-être celui qui a les attaches portugaises les plus fortes. Né à Angoulême d’un père portugais et d’une mère française, il accompagnera sa famille à Arcos de Valdevez à l’âge de douze ans, le papa devant rentrer au pays pour le travail.

Il passe donc d’une formation aux Girondins de Bordeaux à une formation au Sporting, à Lisbonne, loin de sa famille. Il a ainsi très vite baigné complètement dans la culture portugaise. Quand il parle en portugais, il n’a pas d’accent, seul son prénom laisse deviner ses origines françaises. Quand il parle français, on sent bien qu’il a grandit dans le sud-ouest ! Quand ses autres camarades bi-nationaux étaient les « portugais » parce qu’habitant en France, lui était le « français », parce qu’habitant au Portugal. C’est un peu notre histoire à tous, les franco-portugais : portugais en France, mais français au Portugal.

Pour Adrien, la question de jouer en France ne s’est jamais posée : il a toujours voulu jouer pour le Portugal. Il est en 2018 milieu de terrain pour le club anglais Leicester City.

Une émission de télévision portugaise nous en dit plus sur Adrien, qui revient sur son parcours.

Anthony Lopes

Anthony Lopes, gardien de but
Anthony Lopes, gardien de but

Anthony est l’un de ces fils d’immigrés portugais typiques. Né à Givors près de Lyon, il est en 2018 le gardien de but en titre de l’Olympique Lyonnais. Chaque été pendant son enfance, Anthony se rend au pays de ses parents, dans le nord. Le Portugal est synonyme pour beaucoup de franco-portugais de vacances, de fêtes et de réunions de famille, tandis que la France est associée au quotidien, à l’école ou au travail.

Comment ne pas sentir une liaison forte avec le pays d’origine de ses parents dans de telles conditions ? D’autant plus qu’à l’école, en France, les enfants de portugais sont également désignés par « portugais ». L’identité se construit ainsi, un mélange d’idéalisme du Portugal en vacances et d’une fierté à conquérir en France pour une nationalité souvent associée à l’humilité : maçons et femmes de ménage.

Alors, jouer pour le Portugal, c’est une façon de conquérir cette fierté, de dire à tout le monde : on est portugais, mais on est forts. Du moins en foot.

Pour Anthony, la Seleção Nacional était ainsi une évidence, d’autant plus que c’est son père portugais qui lui a donné le goût du football et du poste de gardien de but…

Aujourd’hui, Anthony Lopes est le goal remplaçant du titulaire Rui Patrício, et attend sa chance pour montrer toute sa valeur avec l’équipe de son cœur.

On peut le voir s’exprimer en portugais dans la vidéo suivante, où il dit bien sûr qu’il est très heureux de jouer pour le Portugal.

Raphaël Guerreiro

Raphaël Guerreiro, défenseur
Raphaël Guerreiro, défenseur

Comme pour Adrien Silva, le père de Raphaël Adelino José Guerreiro est portugais, la mère est française. Né au Blanc-Mesnil en région parisienne, il n’aura en revanche pas eu l’occasion de vivre au Portugal étant enfant, contrairement à Adrien. Il ne parle donc pratiquement pas portugais, même s’il apprend.

Raphaël a pourtant bien la culture franco-portugaise : passer ses étés au « bled » (près de Faro), après un long voyage en voiture, c’est quelque chose qu’il connaît. L’amour du foot, il le tient de son père, mais c’est la France qui l’a éduqué dans ce sport. Raphaël se sent autant français que portugais, et a eu beaucoup de mal à choisir entre ses deux pays.

Il faut le comprendre : c’est comme demander à quelqu’un de choisir entre son père et sa mère !

Lors de l’Euro 2016, il avouait au media français qu’il avait un lien fort avec le Portugal aussi par… la gastronomie ! Mention spéciale pour la morue.

Tout comme Anthony, ce défenseur n’a jamais joué dans le championnat portugais, son club en 2018 étant le Borussia Dortmund.

On peut le découvrir sur une interview pour le site portugais ZeroZero, où il s’exprime en français au journaliste portugais.

Antoine Griezmann et les autres

Certains joueurs, qui auraient pu jouer pour le Portugal ne se sentent pas spécialement portugais, comme… Antoine Griezmann, malgré des liens très forts avec le pays d’Eusébio. Son grand-père était un portugais jouant pour le club de Paços de Ferreira, près de Porto, Amaro Lopes. Le papy était une figure de la communauté portugaise à Mâcon, et son petit-fils, son digne héritier.

C’est également le cas de Kevin Gameiro, qui avait pourtant déjà été approché par le passé par le Portugal. Il faut dire que ses liens avec le Portugal sont encore plus minces que ceux de Griezmann, son nom lui venant de son grand-père paternel. Mais au sein de la communauté portugaise de France, même pour les « portugais de troisième génération », ceux qui choisissent la France restent rares. Pour beaucoup, le football reste associé au Portugal !

Choisir l’un ou l’autre pays reste un choix difficile. Il faut savoir qu’une fois qu’un joueur de football choisi un pays à représenter en « sélection A », et qu’il joue un match officiel, il ne peut plus revenir en arrière et changer de pays, de « nationalité sportive ». Impossible donc de voir un jour Antoine Griezmann jouer au Portugal, même s’il prend la nationalité portugaise.

La vidéo suivante est emblématique de cette difficulté à choisir. Lors d’un match de l’Olympique Lyonnais contre le Benfica, Anthony Lopes chante les deux hymnes…

D’autres, finalement, auraient bien aimé jouer pour le Portugal, ou même la France, mais n’ont pas été appelés par l’entraîneur dans l’équipe principale. La question ne se pose donc pas.


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