Château de Penela

Château de Penela

Par José da Silva, le 12 avril 2018

Le Mondego est un fleuve qui autrefois servait de ligne défensive des territoires chrétiens, reconquis de haute lutte aux souverains musulmans ibériques. C’est ainsi que l’on retrouve dans son bassin de nombreux châteaux, aux avant-postes de la défense du Portugal de Dom Afonso Henriques (Alphonse Ier). Le château de Penela, à quelques kilomètres de Coimbra, était ainsi au centre de ce dispositif défensif.

rue et château
Au bout de la rue, le château. La ville s’est bâtie autour, au fil des années…

Penela, la petite falaise

La région du château est constituée de nombreuses collines, au flancs souvent abrupts. Quand on arrive à Penela, Il est facile de comprendre pourquoi le site a été choisi pour accueillir un château. Il s’agit en effet d’un gros rocher, d’où l’on peut observer les alentours sur plusieurs kilomètres. Une position facilement défendable.

Château de Penela
Château de Penela, surplombant la ville
région de Penela
La région de Penela, vue du château. Aucune armée ne pouvait arriver à l’improviste…
Vue de la ville en contrebas
La ville en contrebas semble bien loin, tellement le rocher sur lequel se trouve le château est escarpé.

Étymologiquement, Penela dériverait du mot Penha, qui signifie en portugais falaise. Penela en serait le diminutif, d’où le « petite falaise ». Cette hypothèse ne semble pas vraiment discutable lorsque l’on regarde la fortification d’en bas, mais d’autres s’appuient sur une légende racontant une toute autre histoire pour raconter l’origine du nom.

Lorsque le premier roi du Portugal assiégeait le château occupé alors par les musulmans, il aurait dit, pour encourager ses troupes, qu’ils avaient déjà un « pied dessus », un « pé nela ». Cette légende, même si elle est sympathique, n’a rien de réaliste, comme nous allons le voir…

mangonneau du château de Penela
Le château possède en exposition permanente quelques instruments de siège médiévaux, comme ici au premier plan un mangonneau, une sorte de catapulte.
rocher du château de Penela
Le rocher sur lequel est construit le château est bien visible.
montagnes de Penela
Toute la région est montagneuse. Au fond, de nombreuses éoliennes ont été installées, dénaturant le paysage tel que pouvaient l’observer les anciens défenseurs du château.
vue générale sur le château de penela
Vue sur l’ensemble des fortifications, avec l’église en plein milieu. En bas, on distingue les différentes tentes installées à l’occasion pour des animations culturelles.

Histoire du château de Penela

La présence d’une fortification depuis la période celtique, avant même les Romains semble bien incertaine. Même si le lieu est idéal, sur la route romaine reliant Coimbra à Tomar, aucune preuve archéologique n’est venue, pour l’instant, confirmer ou infirmer l’ancienneté du site. Son histoire remonte, de ce que l’on sait, au XIe siècle, lorsque le roi Ferdinand Ier de Léon achève la conquête définitive de Coimbra, en 1064. Dans ce contexte, le roi concède l’année suivante à Penela une « charte de foral » (ou plus simplement foral), c’est à dire un document où est établie officiellement une nouvelle municipalité, avec ses droits et devoirs.

A ce moment, Penela possédait déjà une fortification, mais rien ne vient signaler une possible présence plus ancienne. Peut-être existait-il déjà une tour pendant la période romaine ? Peut-être que les Maures y avaient déjà établit un château? Nul ne le sait, le foral ou l’archéologie ne le précisent pas. C’est le mozarabe Sesnando Davides, seigneur de Coimbra et fidèle allié du roi, qui aura la charge de reconstruire le château, dans les années 1070-1080. Sesnando affirme par ailleurs dans son testament (1087) qu’il a été le responsable du peuplement du château.

Murailles construites en prolongement de la colline rocheuse
Murailles construites en prolongement de la colline rocheuse
donjon du château
Le point central défensif du château. A moitié taillé dans le roc, à moitié bâti.
chemin de ronde
Je comprends qu’il faille sécuriser le chemin de ronde, mais est-ce qu’il n’y avait pas un moyen de rendre tout ceci un peu moins moderne ?
pierres des remparts
Il ne fallait pas aller bien loin pour trouver la pierre et construire des remparts.

En 1137, Dom Afonso Henriques attribue à son tour un foral à Penela. Ceci n’est que compréhensible si dans l’intervalle, les Maures avaient reconquis à leur profit Penela. C’est fort probable, la Reconquête s’étant construite sur une série de victoires et de défaites, d’avancées et de reculs territoriaux tout au long des siècles d’occupation musulmane du territoire ibérique.

Le château, devenu définitivement chrétien, sera alors rénové par le premier roi du Portugal, avec la transformation du petit château originel de Sesnando Davides en donjon et la construction d’un premier rempart entourant ce qui n’était alors qu’un village. Il sera par la suite continuellement restauré et amélioré. Une première fois sous le fils même de Afonso Henriques, Sanche Ier (1188-1211) puis une deuxième fois par Denis Ier (1279-1325), avec la construction du donjon (autour de l’année 1300) et des remparts de la ville.

L’église du château, dédiée à Saint Michel (São Miguel) sera construite au début du XVe siècle. Les derniers travaux concernant encore l’aspect purement défensif du château auront lieu au début du XVIe siècle. Avec le temps, les fonctions militaires de Penela s’estompent, pour n’être plus qu’un lointain souvenir lors du grand tremblement de terre de 1755 et de l’effondrement conséquent du donjon.

Le château que nous pouvons aujourd’hui voir est une restauration datant des années 1940, lorsque le régime Salazariste entreprend une vaste campagne de restauration des grands monuments portugais.

Château de Penela, une nuit de Noël
Vue nocturne du château de Penela. Les décorations de Noël lui donnent un air féerique…

Eglise de São Miguel

église de São Miguel, extérieur
Vue de l’extérieur, l’église de São Miguel est d’une sobriété exemplaire
intérieur de l'église de São Miguel
La sobriété externe contraste avec la débauche baroque de l’intérieur et de la taille dorée.

Les premières traces écrites de l’église datent du foral de 1137. D’architecture romane, l’édifice sera reconstruit en 1420 puis rénové un siècle plus tard, pour ne plus bouger dans les grandes lignes jusqu’à aujourd’hui. A l’intérieur, des décorations en « talha dourada », ou « taille dorée », des sculptures sur bois dorées typiquement portugaises, caractéristiques du Baroque du XVIIe et XVIIIe siècles. On retrouve dans l’église une statue de Vierge à l’enfant, oeuvre de Jean de Rouen, un sculpteur d’origine française très actif dans le Portugal du XVIe siècle.

Avec l’or venu du Brésil, qui coulait à flots pour ainsi dire au Portugal pendant le XVIIIe siècle, le pays entreprit de se couvrir d’églises, souvent au détriment des anciens lieux de culte issus du Moyen Âge. L’église de São Miguel est une rescapée de cette période, même si la taille dorée est partout. Les anciennes colonnes en témoignent encore. Pour les plus attentifs, on peut observer sur certains détails d’anciens éléments de l’église primitive qui ont été réemployés lors de la reconstruction de l’église à la Renaissance.

réemploi d'une pierre contenant des inscriptions
Ancienne pierre inscrite, réemployée sans ménagement à l’entrée de l’église.
colonnes de l'église
Les anciennes colonnes de l’église tiennent toujours, même avec un petit coup de main.
taille dorée
La taille dorée est partout. Pour être franc, je préfère la simplicité, mais le travail des artisans est admirable.
Christ portant la croix
Le Christ portant la croix. On alterne la simplicité des murs blancs et carrelés à l’exubérance de la taille dorée.
peintures des outils de torture
C’est dans les détails qu’il faut regarder une oeuvre baroque. Ici, on peut voir les instruments de torture de la Passion du Christ.
maison paroissiale
Dernière habitation encore présente dans l’enceinte du château, la maison paroissiale

Un château-fort exceptionnel

Les fortifications utilisent à fond les avantages de leur situation, sur un pic rocheux. Il ne devait pas être aisé de venir à bout de ces puissantes murailles ! Le château possédait, à l’époque du premier roi du Portugal, tout ce qu’il fallait pour tenir un long siège.

On ne pouvait entrer que par un seul passage, taillé à même la roche, ne permettant pas le passage rapide de soldats en grand nombre. Au centre du château, une grande citerne avait la charge de recueillir les eaux de pluie, essentielles en cas de siège prolongé.

Ville de Penela vue du château
Penela, vue du château. En bas, si vous observez bien, vous pouvez voir quelques forains venus animer les alentours du château pendant la période des fêtes de fin d’année.
panorama sur Penela et sa région
La vue est imprenable
stands et boutiques dans le château
Le château est toujours vivant, grâce à la présence de stands et de vendeurs pendant les fêtes.
quintal das lapas
Sur le côté du château, on peut accéder au Quintal das Lapas. A gauche, c’est l’entrée principale, la Brecha das Desaparecidas, la Brèche des Disparues.
animations du quintal das lapas
C’est dans ce quintal, ou jardin, que se trouvent les animations de l’Histoire vivante, avec des animaux et des reconstituteurs venus montrer la vie d’autrefois. Pas de chance, le jour de ma visite, une pluie torrentielle avait eu lieu quelques heures auparavant…

Aujourd’hui, loin de ses fonctions défensives, le château est un haut lieu culturel de la région. Chaque année y est installée une grande crèche animée de Noël, qui a elle seule vaut le déplacement. En parallèle, des groupes de médiation culturelle viennent au contact du public, en leur proposant de l’Histoire vivante, en endossant les habits et coutumes des contemporains de Jésus Christ…


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