Mon député idéal pour les français de l'étranger

Mon député idéal pour les français de l’étranger

Par José da Silva, le 29 mars 2018

Tous les 4 ans, c’est les législatives en France… ou plutôt, « pour les français ». Les députés sont rattachés à une circonscription, et sont chargés de représenter les intérêts de leurs électeurs. En 2018, à cause d’une irrégularité lors des législatives 2017, il faut voter à nouveau au Portugal le 8 avril 2018, mais aussi en Espagne, en Andorre et à Monaco, c’est à dire la 5ème circonscription des français de l’étranger. Le deuxième tour est prévu pour le 22 avril.

Le problème, c’est que les intérêts des français de l’étranger ne sont absolument pas uniformes, et varient énormément suivant le pays d’adoption, la classe sociale ou même plus simplement les raisons qui ont poussé à l’expatriation.

Je vais donc choisir mon député en fonction de mes intérêts égoïstes de travailleur indépendant bi-national avec des enfants scolarisés dans un lycée français. Je me considère comme étant de la classe moyenne : je gagne juste assez pour payer des impôts plein pot et n’avoir le droit à rien, que ce soit au Portugal ou en France.

Je ne suis pas du genre à exiger, sans rien donner en retour, alors mettons les choses au clair.

Qu’est-ce que je peux faire pour la France ?

Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays, disait Kennedy. Je n’ai jamais adhéré à ce genre de discours nationaliste, nous ne devons pas être au service d’un pays, c’est le pays qui doit être au service de ses citoyens !

J’ai toujours trouvé que les nationalismes ne servent que les intérêts des puissants, et certainement pas les miens. Ceci étant posé, on peut tout de même sentir de la reconnaissance envers un pays où l’on a grandit et profité de ses bienfaits.

Première chose, je peux éduquer mes enfants dans l’amour pour la France. Par amour, je veux dire le respect du patrimoine, de l’oeuvre de ceux qui ont vécu sur cette Terre avant nous. Par amour, je veux dire le respect de la langue et le plaisir de s’exprimer en français. Par amour, je veux dire le goût de la vie « à la française », qu’elle soit au niveau de ses habitudes culinaires, de son savoir-vivre et de sa culture.

Ceci n’est pas exclusif, l’apprentissage du respect du pays d’accueil est tout aussi important. Je ne suis pas dans l’optique de dire que la « France est supérieure », mais bien dans l’optique d’avoir des enfants qui me comprennent moi, leur père, au travers des deux cultures qu’ils garderont pour la vie, la française, et la portugaise.

Deuxième chose, je suis comme un pont entre la France et le Portugal. Par mon accent, je suis souvent amené à parler de la France aux portugais. Un rôle diplomatique à ma petite échelle, mais un rôle multiplié par les milliers de français présents ici.

Troisième et dernière chose, mon engagement envers une Europe de plus en plus intégrée, abolissant les frontières (physiques, mais aussi économiques et sociales) entre les pays qui la composent. Etant intimement convaincu du bien-fondé de l’utopie européenne, je souhaite ardemment une plus grande coopération entre la France et le Portugal. Je pense qu’une plus grande intégration européenne sera bénéfique aux français, et les expatriés ainsi que les bi-nationaux ont une carte à jouer importante dans l’acceptation de cette idée auprès de leurs compatriotes.

Qu’est-ce que la France peut faire pour moi ?

Je ne demande pas grand chose. Non, en partant de France, je ne m’attends pas à avoir les mêmes droits que ceux qui y habitent, même si je continue à payer des impôts français. Je ne veux que trois choses :

  • simplifier la scolarité de mes enfants dans une école française au Portugal (en clair, réduire franchement les frais d’écolage)
  • simplifier toutes les démarches administratives en rapport avec la France (en clair, un vrai consulat à côté de chez moi)
  • œuvrer à une plus grande intégration européenne (harmonisation sociale et fiscale en premier lieu, création d’un statut de travailleur européen, d’entreprise européenne, etc).

Les candidats actuels

Disons-le tout de suite, aucun des candidats à la 5ème circonscription des français de l’étranger ne correspondent à mes attentes. Voyons dans le détail ce qu’on nous propose.

Le candidat « les Républicains », Raphaël Chambat

Il veut une « école française pour tous ».  Super. J’attends de voir le candidat qui dise le contraire. En regardant un peu plus dans le détail, il s’agit surtout de revenir au budget de l’AEFE de 2012. Bref, aucune amélioration en vue, juste une garantie qu’il n’y aura pas de dégradations éventuelles de nos écoles françaises de l’étranger.

Aucune référence à la construction européenne. Sans doute qu’il s’agit d’un tabou, la peur de perdre des votes auprès des déçus de l’Union Européenne étant très grande.

Il propose de donner plus de moyens aux consuls honoraires, et de généraliser la dématérialisation des formalités administratives. Le premier point n’engage à rien (à part les belles paroles) et le deuxième point est de toute façon prévu, y compris en territoire français, dans l’optique de réduction des coûts (on va virer du fonctionnaire…).

Pour la petite histoire, M. Chambat habite en Espagne depuis 10 ans, et a 31 ans.

Le candidat de la France Insoumise, François Ralle Andreoli

Bon, il ne s’agit pas que des amis de Mélenchon, mais également de Benoît Hamon et des écolos. La « gauche progressiste » en somme, que beaucoup assimilent à l’extrême-gauche (ce qui n’est pas tout à fait le cas).

Andreoli
Le candidat de la France Insoumise

J’aime sa promesse de réduire les frais de scolarisation dans les réseaux scolaires pour les familles françaises, ainsi que la révision des barèmes des bourses. C’est une promesse qui ne sera probablement pas tenue, même en cas d’élection, n’oublions pas que quoiqu’il arrive, le pouvoir actuel ne changera pas, Macron aura toujours la majorité absolue.

Toujours aucune référence à la construction européenne.

Ce qui n’est pas dit dans son projet, envoyé par courrier par notre ambassade à Lisbonne : Mélenchon avait évoqué l’idée de taxer les français de l’étranger si leur expatriation consistait à une fuite au fisc français. Même si on pourrait être d’accord sur le principe, le fait de mettre tous les expatriés dans le même sac est choquant. Oui, il y a beaucoup de personnes qui profitent du statut des Résidents Non Habituels au Portugal (RNH), qui leur permet de payer moins d’impôts qu’en France, mais ceci devrait se résoudre non pas en tapant sur le citoyen, mais sur les pays qui font de la concurrence fiscale ! Seule l’harmonisation fiscale européenne résoudra ce problème, du moins entre pays européens.

Le candidat est venu apporter une précision à ce sujet sur notre page facebook : lui a toujours été contre l’impôt universel. C’est une bonne chose, même si nous connaissons tous les « consignes de vote », empêchant souvent les députés de voter suivant leurs propres opinions. Autre précision, et de taille : il est pour le passage du budget de l’AEFE directement dans celui de l’Education Nationale plutôt que dans celui du ministère des affaires étrangères. Pour ma part, je ne comprends même pas pourquoi ce n’est pas déjà le cas !

M. Ralle Andreoli habite en Espagne depuis 18 ans, parle portugais, a 44 ans et est père de trois garçons.

La candidate de la République En Marche ! Samantha Cazebonne

Non. Je n’ai lu qu’une resucée de poncifs, un condensé de la langue de bois sublimée par les media qui ont porté Macron à la présidence. Non, ce n’est pas en réduisant les budgets de l’AEFE que l’on va pérenniser les écoles françaises de l’étranger.

L’élection pour Macron a été massive auprès des français de l’étranger. Macron, un fédéraliste, était séduisant, et a séduit, mais, pour l’instant, semble avoir trahi ses engagements. Etant assuré quoiqu’il arrive de conserver sa majorité, je préfère pour ma part regarder ailleurs. Je ne cautionnerais jamais quelqu’un qui « fait les poches » des plus démunis pour les donner en cadeau fiscal aux plus riches. La théorie du ruissellement, je n’y crois pas. Même s’il est fédéraliste, sa vision pour l’Europe, utilitariste et économique est celle qui est en train de conduire l’UE à sa perte, en s’aliénant ses populations, et à juste titre.

Anecdote : il y a un deuxième candidat dissident de LREM, M. Jean-Laurent Poitevin. C’est le plus fédéraliste des candidats, réutilisant les mêmes ficelles que notre actuel président. J’aime beaucoup l’idée de la Société Européenne, une réelle avancée pour ceux qui comme moi travaillent avec plusieurs clients internationaux. Plusieurs propositions vis-à-vis de la scolarité sont alléchantes sur le papier, mais sont, pour moi, creuses. Que veut dire « renforcer le budget alloué aux établissements » alors que Macron vient de réduire le budget de l’AEFE ? Que veut dire « étendre la gratuité à de nouvelles catégories », alors qu’il n’y a déjà pas de gratuité pour aucune catégorie ? S’agit-il d’élargir les critères d’obtention de la bourse ?

En résumé, il soutient Emmanuel Macron, comment peut-il imposer un programme qui semble opposé à celui de son propre camp ?

Le candidat habite en Espagne, à Barcelone depuis à peine 3 ans.

Le candidat du Parti Socialiste, Medhi Benlahcen

Le pauvre. Faisant partie du PS, il n’a pas la partie facile. Je dois vous avouer que j’ai toujours eu de la sympathie pour le PS, ou du moins, à l’époque de Jospin. Depuis, c’est la descente aux enfers, au fur et à mesure que les intérêts du peuple ont été remplacés par ceux de la finance, le fameux ennemi de François Hollande. Ah, qu’est-ce qu’on a rit (bien jaune) depuis !

Disons-le tout de suite, ce candidat a toute ma sympathie malgré le fardeau du PS. Habitant à Lisbonne, issu d’une famille pas « française de souche », il est professeur au lycée français. Autant dire qu’il me semble être le plus proche socialement de mes préoccupations.  Dans les faits, c’est un peu moins reluisant.

Il propose la maîtrise des coûts des frais de scolarité. En clair, aucune réduction des frais de scolarité, peut-être un élargissement des critères d’attribution des bourses ? Cette proposition n’est pas satisfaisante de mon point de vue, je souhaite vraiment une réduction effective et conséquente des frais de scolarité.

Comme pour le candidat des Républicains, il n’y a pas de véritable souhait d’améliorer effectivement nos consulats. On continue sur de la dématérialisation (qui arrivera de toutes façons)  et avec des consuls honoraires « avec plus de moyens ». Je souhaite moi, revenir purement et simplement à un consulat tout court à Porto, comme c’était le cas autrefois.

Pas d’engagement pro-européen non plus (c’est vraiment tabou ?), mais une proposition intéressante : le consulat européen.

Le candidat Yohann Castro

Pas de parti politique en vue, il ne semble soutenu par aucune grande formation politique. Mais les visuels semblent ancrés à droite (bleu plutôt que rouge…), et surtout, M. Castro est affilié à l’Union des Français du Monde, présidé par un « les Républicains ». Un concurrent au candidat officiel des Républicains, en somme. Ce dissident de LR l’est parce qu’il trouve que les Républicains ne sont plus en conformité avec les idéaux européens qui étaient les leurs autrefois.

De mon point de vue, c’est un bon point pour Castro. Sur son programme, la première chose mise en avant est la santé, avec une proposition originale, le développement de la télémédecine pour permettre au plus grand nombre l’accès à un médecin français. Cette proposition est pour moi tout à fait anecdotique. Les médecins portugais sont tout aussi bons que les français, certains étant par ailleurs francophones et francophiles. Le remboursement par la sécurité sociale française me semble également anecdotique, étant affilié à la sécurité sociale portugaise… Ce n’est pas sur cette proposition que je voterais pour lui (même si je conçois que d’autres concitoyens, majoritairement des retraités, peuvent être séduits).

Pour ce qui m’intéresse moi, la scolarité, la seule proposition de M. Castro se résume aux bourses. Comme tous les autres. D’autres propositions de ce candidat me semblent plus issues du milieu associatif que du ressort du député. Ou alors, on investit largement dans le développement du réseau consulaire, mais je n’ai pas trouvé une ligne à ce sujet dans son programme.

Yohann Castro habite à Madrid, 33 ans, père de trois enfants. Son épouse est professeur au lycée français de Madrid.

Le candidat du Front des Patriotes Républicains, Ludovic Lemoues

Le Front des Patriotes Républicains, c’est un micro parti fondé par Ludovic Lemoues, un ancien Front National. D’emblée, pour moi, c’est non. Je n’adhère pas aux idées frontistes et de toute l’extrême-droite. Est-ce que véritablement, une orientation nationaliste est cohérente lorsque l’on habite à l’étranger ? Regardons tout de même ces propositions, de mon point de vue toujours. Je passe bien sûr sur les propositions concernant les retraités, je ne suis pas concerné.

Il propose l’obtention de nouveaux crédits pour les lycées français de l’étranger, pour faire cesser l’explosion des frais d’écolage. Il propose également de stopper les réductions budgétaires de l’AEFE. Bien. Comme tout le monde en fait, à part LREM. La très grosse proposition, à côté de ça, c’est de pouvoir scolariser gratuitement nos enfants où on veut. Cette proposition, que j’avais déjà vue au FN, est évidemment totalement en accord avec ce que je souhaite.

Si je devais regarder purement et égoïstement mon nombril, c’est cette proposition-là qui me ferait voter pour lui. Mais j’ai aussi de la famille, des amis en France, je ne veux pas de quelqu’un à l’assemblée nationale qui n’est pas en accord avec mes idées et ma philosophie, le fédéralisme européen et la solidarité humaine plutôt que nationale. Tant pis si je paie plus cher l’école, il y a certaines choses qu’on ne peut pas accepter.

Ludovic Lemoues habite depuis 10 ans à Barcelone, avec un enfant scolarisé au lycée français.

Le candidat de l’UDI, Michel Hunault

L’UDI, un parti résolument pro-européen, est trop souvent assimilé à la droite pure et simple. Voter UDI, c’est comme voter LR, en plus soft. Michel Hunault est fils de député, habite en France, et on se demande ce qu’il vient faire là. Aucune proposition concrète. Sa seule qualité est au final d’être présenté par un parti pro-européen (mais côté finance, pas social…).

Le candidat « centriste » Samir Sahraoui

Notre dernier candidat possède l’appui de micro partis : le Centre, les Libéraux et le écologistes indépendants. Je ne connais pas (et j’ai cherché!). Il faut donc regarder la personne et les propositions. M. Sahraoui ne dit pas qui il est, mais son profil Linkedin est facilement trouvable. Le candidat habite donc en France, et est même maire adjoint d’un petit village des Yvelines. Pourquoi se candidater à la représentation des français de la 5ème circonscription? Mystère. Mais son programme nous parle de projets de développement inter-méditerranéen. Super. Rien sur la scolarité.

En résumé, il n’y a qu’un seul candidat qui habite au Portugal. Les autres sont tous en Espagne ou en France. Mais ce critère n’était pas éliminatoire, loin de là. Il ne me reste plus qu’à choisir entre le PS, la France Insoumise, les Républicains ou Yohann Castro. Je ne veux pas d’extrême droite ou de candidat LREM, vu que je ne suis pas d’accord avec la politique menée jusqu’à présent par le gouvernement actuel.

Les élections sont importantes, mais il faut bien avouer que ces dernières années, on a surtout l’impression de faire alterner les mêmes. Les extrêmes ne me convenant pas, et l’économie étant principalement sujette au contexte international, on a l’impression de n’avoir aucun pouvoir sur nos destinées. Il n’empêche, à choisir, je préfère encore avoir des représentants, pour peu de pouvoir qu’ils aient, qui sont dignes dans leurs fonctions, qui ne braquent pas inutilement les uns contre les autres. Au final, nous sommes tous dans le même bateau en attendant nos vieux jours !


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