Polémique du cinéma portugais : Branca de Neve
Polémique du cinéma portugais : Branca de Neve

Polémique du cinéma portugais : Branca de Neve

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Nous étions en l’an 2000. J’étais alors un étudiant en design graphique, dans la petite ville de Tomar, quelque part au Portugal. Un jour, on apprend une nouvelle qui fera beaucoup de polémique : le film de João Cesar Monteiro, « Branca de Neve« . Polémique même entre nous, étudiants sensibles à l’image, au visuel et à la culture. Cet épisode est une bonne excuse pour moi pour vous montrer un peu comment est perçue la culture au Portugal, et connaître un peu mieux la mentalité portugaise.

Branca de Neve
Branca de Neve

En fait, en lieu de film, il s’agit d’un audiobook. Il n’y a pas d’image.

Le film est en noir. Oui, noir, pas d’image, juste du noir. Avec une personne qui parle. Alors elle parle bien, il y a de l’émotion dans ses phrases, c’est vrai. Il n’y aurait pas eu de polémique avec ce film si il n’avait pas été financé avec des deniers publics. C’est le ministère de la Culture qui a permis, à l’époque, la réalisation de ce « film ». Je vous laisse deviner la source de la polémique : pourquoi l’Etat finance ce type d’Art, totalement incompris par les citoyens portugais?

Le pays a été divisé en deux à ce sujet là. Deux camps, totalement antagonistes.

Les mous du cerveau moyenâgeux

Selon les appréciateurs de ce film, ou les appréciateurs des choses de l’Art, ce film est un chef d’oeuvre, pas forcément leur film favori, mais une Ôde à la Créativité et un fantastique pied de nez aux productions televisuelles de mauvaise qualité faites pour abrutir le peuple. Ils estiment donc que tout ceux qui ne comprennent rien à cet Art sont des hommes de Cro-Magnon, bas du front et irrémédiablement bêtes, ce qui range le Portugal dans les pays du tiers monde. Ce type d’argumentation, avec ces mêmes mots, est effectivemment employé par ceux qui déclarent avoir aimé le film, et aimé l’oeuvre de João Cesar Monteiro, qui nous a quittés en 2003, victime d’un cancer (il fumait beaucoup). On remarquera qu’ils ne parlent pas du film en lui même, de sa qualité intrinsèque et de l’émotion ressentie par un spectateur lors de telle ou telle scène.

Les Parasites Intellectuels

Selon les détracteurs du film, l’argent public ne peut servir à financer ce type d’Art. Un film sans image, ce n’est pas un film. Il faut savoir qu’il y a un budget minimal pour un film, que João Cesar Monteiro a touché. Nous disions à l’époque que les économies faites sur la réalisation du film sont parties en bénéfices nets pour les producteurs du film. Comme de toute façon le public portugais ne va pas voir ce genre de film au cinéma, autant augmenter les revenus le plus possible en baissant les coûts. C’est également mon point de vue, ne croyant pas une seule seconde en une quelquonque prétension artistique d’un film qui n’est rien d’autre que la lecture d’un livre. On appelle ceci une pièce de théâtre radiophonique, et ceci ne ramasse pas le même type de fonds publics, tout en étant bien plus intérressant.

Le gars n’a pas écrit le texte, le gars n’a pas réalisé vu qu’il n’y a pas d’image. Pour vous donner une idée du personnage, voici comment il réagit lorsqu’une journaliste lui pose des questions sur son film et la polémique qu’il a provoqué :

En gros, il répond quelque chose comme ça : « je veux que les mauvaises langues aillent se faire mettre » (en beaucoup plus vulgaire). Face à l’insistance de la journaliste, il continue : « je veux que le public portugais aille se faire mettre ».

Le public portugais, c’est le même, qui, par ses impôts, a financé ce bonhomme.

Cette histoire aura tout de même eu du bon : le Ministère de la Culture fait maintenant « un peu » plus attention à l’argent et à ce qu’ils financent. Nous pouvons par exemple parler de mon frère, diplôme d’arts plastiques, qui aurait été ravi de recevoir des financements de l’État afin de réaliser ses projets les plus loufoques. Mais bien sûr, lui, il n’y a pas le droit. On veut bien financer un vieillard irrespectueux des portugais pour faire un film sans image, mais jamais on ne le ferait avec un jeune artiste qui débute sa carrière et qui en aurait bien besoin, ou nous, qui à l’époque de cette polémique, avions bien besoin d’une nouvelle salle d’informatique, ce que le budget de ce film aurait pu financer maintes et maintes fois. Je rappelle que nous étions tous à l’époque, étudiants en design et arts graphiques.

Ainsi va la vie…


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